En principe, non.
L’absence de décision de suspension du permis par le préfet ne suffit pas, à elle seule, à faire tomber la procédure pénale.
La suspension administrative et les poursuites devant le tribunal ne relèvent pas du même mécanisme.
Cependant une absence de suspension, un délai dépassé, une notification mal faite ou une incohérence dans les procès-verbaux peuvent parfois permettre de soulever des éventuels vices de procédure.
Suspension administrative et poursuites pénales : deux procédures à ne pas confondre
La suspension administrative du permis est une décision prise par le préfet. Elle intervient après une rétention du permis par les forces de l’ordre, notamment en cas d’alcool au volant, de conduite sous stupéfiants, de grand excès de vitesse ou d’accident grave. Les poursuites pénales, elles, relèvent du procureur de la République et du tribunal. Elles peuvent aboutir à une condamnation, une amende, une suspension judiciaire, une annulation du permis, une inscription au casier judiciaire ou d’autres peines selon l’infraction reprochée. Le préfet peut donc ne pas prendre de suspension administrative, ou la prendre tardivement, sans que cela empêche le Parquet de poursuivre le conducteur. Le Code de la route prévoit bien des délais de 72 heures ou de 120 heures après la rétention du permis, notamment lorsque des vérifications liées à l’alcoolémie ou aux stupéfiants sont nécessaires. Mais ces délais concernent la mesure administrative. Ils ne conditionnent pas l’existence des poursuites pénales.L’absence de suspension préfectorale annule-t-elle automatiquement la procédure pénale ?
Non. L’absence de suspension administrative ne constitue pas un vice de procédure permettant d’annuler les poursuites pénales. Un conducteur peut être poursuivi même si le préfet n’a pas pris d’arrêté de suspension. Pourquoi ? Parce que l’infraction pénale est appréciée à partir du dossier pénal, et non par rapport au fait qu’une suspension du permis ait été prise ou non. Le tribunal examinera notamment les procès-verbaux, les constatations des forces de l’ordre, les résultats d’analyse, les auditions et les notifications de droits. Il vérifiera également les conditions dans lesquelles le contrôle a été réalisé ainsi que l’ensemble des éléments permettant d’établir, ou non, l’infraction. La décision du préfet n’est pas le fondement des poursuites. C’est une mesure administrative provisoire, distincte de la procédure judiciaire. Pour obtenir une annulation, il faut identifier une irrégularité qui touche la procédure pénale elle-même, ou démontrer que l’irrégularité administrative a eu une conséquence concrète sur les droits du conducteur.Pourquoi la confusion est fréquente après une rétention du permis
La confusion vient souvent de la manière dont les choses se passent sur le terrain. Le conducteur est contrôlé. Son permis est retenu. Les forces de l’ordre lui remettent un avis de rétention. On lui explique parfois qu’une décision préfectorale va suivre. Puis rien. Pas de recommandé. Pas d’arrêté. Pas de notification claire. Le conducteur en déduit alors : “S’il n’y a pas eu de suspension du préfet, la procédure est nulle.” Le raisonnement est certes compréhensible, mais il est hélas faux. L’absence de décision préfectorale peut avoir un effet sur la mesure administrative. En revanche, elle ne détruit pas le dossier pénal.Vice de procédure : ce qu’il faut vraiment démontrer
En matière pénale, pour qu’une nullité soit prononcée, il faut démontrer une irrégularité affectant un acte de procédure et une atteinte aux intérêts de la personne concernée. L’article 802 du Code de procédure pénale prévoit que la nullité ne peut être prononcée que si l’irrégularité a porté atteinte aux intérêts de la partie concernée. Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter notre page dédiée aux vices de procédure en droit routier et les moyens de contestation possibles selon le type d’infraction. En pratique, trois questions doivent être posées.Quelle règle a été violée ?
Dire que la procédure est confuse ou anormale ne suffit pas. Il faut identifier une règle précise : délai non respecté, compétence de l’agent, notification des droits, conditions du prélèvement, régularité de l’analyse, mentions obligatoires, transmission du dossier, respect des formalités substantielles.Quel acte est concerné ?
Une nullité vise un acte précis : procès-verbal de contrôle, procès-verbal de dépistage, audition, notification de droits, garde à vue, rétention du permis, prélèvement salivaire ou sanguin, réquisition, analyse toxicologique. C’est souvent en reprenant ces actes un par un que l’on voit si le dossier tient réellement.Quelle atteinte aux droits du conducteur ?
C’est souvent le point décisif, car il faut expliquer concrètement en quoi l’irrégularité a porté atteinte aux droits de la défense ou aux intérêts du conducteur. Une erreur purement matérielle, sans conséquence réelle, aura peu de poids. En revanche, une irrégularité qui empêche de comprendre la poursuite, de contester une preuve ou d’exercer un droit peut devenir beaucoup plus sérieuse. Vous pensez que l’absence de suspension préfectorale rend votre dossier irrégulier ? Le point important n’est pas seulement de savoir si le préfet a pris une décision. Il faut analyser les actes de procédure, les délais, les notifications et les pièces pénales. Le cabinet peut vérifier rapidement si un vice de procédure sérieux peut être soulevé.Quels sont les vrais vices de procédure à rechercher dans un délit routier ?
Dans un dossier pénal routier, les moyens de défense les plus sérieux ne sont pas toujours ceux auxquels le conducteur pense en premier. L’absence de suspension administrative peut attirer l’attention. Mais, dans beaucoup de dossiers, les points importants sont ailleurs.En matière d’alcool au volant
Il faut notamment vérifier :- les conditions du contrôle ;
- l’heure de l’infraction ;
- l’heure des mesures ;
- l’appareil utilisé ;
- les vérifications de l’éthylomètre ;
- le respect des délais entre les mesures ;
- la notification des droits ;
- la cohérence entre les procès-verbaux.
En matière de stupéfiants au volant
Il faut regarder de près :- le dépistage salivaire ;
- le prélèvement de vérification ;
- l’identité de la personne ayant réalisé ou supervisé le prélèvement ;
- la chaîne de conservation ;
- le laboratoire ;
- la notification du résultat ;
- la possibilité de demander une contre-expertise ;
- la cohérence des horaires.
En cas de grand excès de vitesse
Il faut vérifier :- l’appareil de mesure ;
- les conditions de contrôle ;
- la vitesse mesurée ;
- la vitesse retenue ;
- la marge technique ;
- l’identité du conducteur ;
- les mentions du procès-verbal ;
- la qualification exacte de l’infraction.